Dimanche 7
mai
2017
18h
Ciné Club Forbidden Zone - Spécial Strange Strange West
Vorace – Antonia Bird – USA – 1999 - 101'
El Topo - Alejandro Jodorowsky – Mexique – 1970 – 125'
Le western est presque aussi vieux que le cinéma. Mais pas de John Wayne et de Clint Eastwood ici: on préfère le mysticisme, l'étrange, et les préférences culinaires atypiques...
Au menu : VORACE, un western affamé où on ne mange pas que du boeuf, et le plus culte des midnight movies: EL TOPO de Jodorowsky.



Vorace – Antonia Bird – USA – 1999 - 101'

Lors du conflit américano-mexicain, le capitaine John Boyd profite d’une sanglante méprise pour être décoré. Mais son supérieur n’est pas dupe et l’envoie dans un camp retranché du pays peuplé d’êtres singuliers. Un événement vient bientôt chambouler la vie bien pèpère des habitants du fort : un homme blessé, nommé Colqhoun, débarque au fort et explique sa terrible mésaventure : il a échappé de justesse à un militaire devenu fou à cause du froid et de la faim qui a tenté de le dévorer…
Passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles, Vorace recèle pourtant nombre de qualités indéniables qui ont suffi au fil du temps à le doter d’une aura d’œuvre culte. Rescapé d’une genèse bouleversée (plusieurs réalisateurs se sont enchaînés sans que le projet n’aboutisse), le métrage tombe entre les mains d’Antonia Bird par l’entremise de Robert Carlyle qui a œuvré sous la direction de la réalisatrice sur deux projets antérieurs (Priest et Face).
Panachage de plusieurs genres, Vorace se distingue des œuvres de cannibales conventionnelles qui pullulèrent lors des eighties en territoire italien. Point de jungle infestée d’un bestiaire effrayant composé entre autres de serpents à sornettes et de mygales touffues, point de tribu décivilisée brandissant haches et machettes à la moindre ambigüité, point d’éviscérations et de démembrements comme seuls apanages destinés à calfeutrer la vacuité sémantique de l’ensemble. Le savoureux scénar de Ted Griffin provoque un glissement temporel et géographique en situant l’intrigue dans les confins montagneux et enneigés américains en pleine conquête de l’ouest. Teinté de l’univers du Dernier des Mohicans de Michael Mann, évoquant la mythologie du wendigo, plaçant le cannibalisme au centre de son intrigue, Vorace est un savant mélange de nombreux genres inconciliables en théorie (fable politique, œuvre fantastique, western, horreur) qui font de ce masterpiece une œuvre singulière inclassable.
(...) Au-delà de la simple confrontation psychologique des deux êtres que tout oppose et quel seul l’appât du sang réunit furtivement, la bande de Bird se pose comme un pamphlet (anticonsumériste disent certains) à l’encontre du paysage politique des Etats-Unis et de leur mainmise militaire belliqueuse destinée à ramener quelques portions territoriales supplémentaires au détriment de races dites inférieures. L’approche quasi naturaliste de la réalisatrice dote l’œuvre d’un réalisme sensualiste qui vire au déchirement charnel lors d’un final bouleversant de violence et de beauté, augures néfastes de châteaux en Espagne détruits d’avance.
Création hybride aux qualités innombrables, Vorace se situe quelque part entre Cannibal the musical, Le Dernier des mohicans et Gangs of New York, renouvelant au passage un genre tombé en désuétude à cause de son cloisonnement formel et de sa répétition scénaristique.
(Damien Taymlans – Extrait de www.cinemafantastique.net/Vorace.html)

El Topo - Alejandro Jodorowsky – Mexique – 1970 – 125'

(...) A l’origine des fameux midnight movies, ces séances tardives réservées aux initiés du cinéma underground et souvent en lice au statut de film culte, El Topo est le fleuron de son époque, la fin des sixties hippies et libertaires, durant lesquelles le chilien va tourner clandestinement et à crédit un film un peu dingue, matrice de l’univers singulier qu’il continue aujourd’hui encore à développer.
C’est sur les terres du western que commence cette équipée métaphysique, où il sera question d’affronter une série de maîtres pistoleros avant d’accéder à une nouvelle forme de conscience. Le récit reprend les étapes de la légende initiatique, et exploite dans un premier temps l’imagerie surréaliste : les lapins prennent cher, les combats n’obéissent pas une logique rationnelle (on se met toujours à portée d’arme avant le duel, de façon protocolaire, pour bien insister sur l’aspect cérémonial du face à face) et les intentions du protagoniste demeurent assez trouble tant il semble le jouet de deux femmes, la blonde et la brune, lui dictant sa quête.
Dans le désert aride du Mexique, les couleurs sont vives et aveuglantes, et c’est sur l’esthétique qu’El Topo remporte surtout la mise : le sang, le bleu du ciel, l’ocre de la terre occasionnent de très belles images, souvent mises en valeur par les plongées ou les zooms arrière, plaçant les personnages au sein d’un tableau plus vaste et graphiquement très étudié.
La violence et l’érotisme ne sont donc que les premières strates d’un parcours plus ambitieux : alors qu’il meurt trahi par la coalition des femmes, El Topo va renaitre sous terre, et se mettre au service d’une communauté d’infirmes nés de l’inceste à qui il va permettre de retourner vivre en surface. (...) La mort n’étant qu’une étape du parcours spirituel, on ne s’étonnera donc plus des divers massacres et immolations : les hommes sont condamnés à s’entretuer quand les meilleurs d’entre eux auront accès à des dimensions plus clémentes : un message qui semble aussi s’adresser au spectateur, et que certains prendront pour argent comptant. John Lennon fut de ceux-là, et contribua au succès du film qui permit la mise en chantier du monstre suivant, La Montagne Sacrée.
(Sergent Pepper – www.senscritique.com/film/El_Topo/critique/23511794 )
 

Vorace


Topo
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