Dimanche 2
avril
2017
20h
Et l'homme créa l'homme
Westworld - 1973 - M. Crichton
Stepford Wives - 1975 - B. Forbes
C'est un sujet qui fascine le cinéma depuis près un siècle (Metropolis a 90 ans cette année), l'intelligence artificielle.
Est-ce que l'homme peut construire des robots à son image et les faire devenir, dans presque chaque histoire, un esclave ?
Quelles sont les représentations modernes de ce sujet ? On aurait pu vous balancer un Terminator, un A.I. mais on a préféré gratter un peu plus loin.

A l'affiche, Westword, l'original de 1973, de Michael « Jurrasic Park » Crichton et avec Yul Brynner. Une histoire de parc d'attraction qui part en cacahuète, sa spécialité.

Et Stepford Wives, une plongée dans un monde parfait(ement glauque) où des épouses, soumises à leur maris tous puissants, s'occupent volontiers de toutes les tâches ménagères et font preuve d'un manque flagrant d'intelligence.

Westworld de Michael Crichton – 1973
Mondwest (Westworld) en version originale, est le premier essai cinématographique de l'auteur de Jurassic Park. Le déroulement du scénario de ce film rare préfigure largement celui des dinosaures, dépeignant une sorte de parc d'attraction dans lequel les attractions vont se retourner contre les touristes.
Le film débute par un journal télévisé où un reporter présente avec fièvre le dispositif de loisirs de Delos, interrogeant des touristes sortant juste de leur escapade. Crichton aime à cibler la télévision comme miroir déformant de la société.
Dès cette introduction, la ligne de démarcation entre réel et/ fiction est ambiguë. On se vante d'avoir tué des cow-boys, d'avoir vécu comme au temps de l'ouest (ou à l'époque médiévale, ou romaine). L'hésitation d'un homme à qualifier son expérience, entre expérience réellement vécue mais dans le fond entièrement fabriquée, est très parlante. 
Deux hommes, dont l'un a déjà tenté l'expérience par le passé, vont vivre à l'heure de l'ouest dans un environnement entièrement peuplé de machines, reproduisant dans un mimétisme confondant l'être humain. Il n'est donc pas possible de les différencier d'avec des humains véritables. C'est cette idée que j'ai trouvé remarquable dans le film, cette hésitation constante à qualifier ce qu'il se passe à l'écran en fonction de qui est dans le champ de la caméra. Robot ou humain ? Même le serpent, qui mordra vigoureusement un des deux hommes (James Brolin), est synthétique. Montrant les dangers d'un environnement peuplé de machines qu'on ne peut départager des hommes, Mondwest un vrai film cyberpunk avant l'heure, n'exploitant malheureusement que peu les potentialités de son sujet en or. Pour moi, Crichton, c'est un peu ça : un homme qui trouve des concepts géniaux mais qui ne sait pas les sublimer par le processus cinématographique. La progression narrative, notamment, est extrêmement lente, nous montrant plusieurs fois la même procédure sans valeur ajoutée (l'hôpital pour robots, une autre des passions de Crichton, alors futur producteur d'Urgences). Dans un monde fabriqué, peu d'enjeux apparaissent lorsque les robots sont à la botte des humains (ils se battent à chaque fois qu'un touriste a envie de sortir son pistolet), même si le film, finalement un des meilleurs de Crichton, réussit un truc énorme : les hommes couchent avec des robots ! Et, à ce qu'ils en disent, ils ne trouvent ça pas si mal...
Un fois les décors plantés (les deux autres mondes ne font que de la figuration, le sujet du film étant bien uniquement le Westworld), les robots accusent de plus en plus de pannes : comme une rébellion contre une domestication forcée, ou bien encore la reproduction du processus de dérèglement de la société humaine. Car si l'exercice est factice en apparence, les balles sont bien réelles et peuvent tuer. L'univers du film semble d'abord extrêmement contrôlé, montrant une salle remplie d'informaticiens créant les codes nécessaires à l'application des tâches (ainsi, ils ne disent pas "tel personnage marche dans la rue et interrompt une conversation", mais plutôt "tangente delta à oméga, nouvel indice filaire", bref une interface numérique assez inédite à l'époque dans le panorama cinématographique américain, qui a toujours intéressé Crichton. Le Truman Show de Peter Weir ira même copier une séquence entière, celle où l'on découvre la mise en marche du monde le matin ; les personnages, d'abord immobiles, commencent à marcher et à vaquer à leurs occupations après un compte à rebours : mise en abîme du processus de tournage d'un film, lui-même mise en abîme de la création du monde. Mondwest est donc un film qui ne manque pas d’intérêt, mais cinématographiquement pas très réussi, faute de rythme et d'idées non abouties. Mais rien que pour Yul Brynner en cow-boy indestructible tout droit sorti des Sept mercenaires, ça vaut le coup d'œil.
Extrait de : lefilmetaitpresqueparfait.hautetfort.com/archive/2010/09/18/mondwest-critique-film.html


Stepford Wives de Bryan Forbes – 1975
Film oublié malgré lui, notamment à cause du remake Et l’homme créa la femme réalisé en 2004, Les Femmes de Stepford décrit un couple qui emménage dans la petite ville de Stepford. Ici, les femmes sont complètement soumises à leur mari. Sans se poser de questions, elles prennent un véritable plaisir à s’occuper de toutes les tâches ménagères d’une maison. Joanna et sa nouvelle amie Bobbie s’inquiètent de ce retour en arrière de la condition de la femme et cherchent à comprendre ce qui se passe. Le film n’avait pas été bien accueilli à sa sortie car jugé anti-féministe. Pourtant, c’est bien l’inverse qui est montré. Il est vrai que les femmes sont considérées comme des objets sexuels et ménagers, comme on peut le voir dans bon nombre de publicités sexistes, mais c’est ici avec l’ironie du regard d’hommes qui ne sont jamais mis à leur avantage. L’intrigue est toujours subtile. Ainsi, on passe du simple drame au film d’horreur en passant par le thriller et quelques notes de comédies. Adapté du roman d’Ira Levin qui a aussi écrit Un bébé pour Rosemary, adapté par Polanski, Les Femmes de Stepford souffre très certainement de quelques lenteurs, mais le message véhiculé est percutant et on n’en sort pas sans considération.
Extrait de : www.allocine.fr/membre-Z20110911192312063343373/movie/40145/
 

Westworld


Stepford Wives
Prix libre

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