Dimanche 6
mars
2016
Ouverture des portes
à 18h, premier film à 18h30 précises
Spécial «Bye Bye Bowie»
Labyrinth - Jim Henson - 1986
The Man Who Fell To Earth - Nicolas Roeg - 1976
Spécial «Bye Bye Bowie»

Le jour où Madonna passera l'arme à gauche, on ne présentera pas un best off de ses plus grandes apparitions à l'écran, à moins qu'y en ait enfin une d'ici là...
Avec Bowie, c'est autre chose. Ce bougre de Fils d'Albion nous a laissé quelques moments mémorables sur pellicule. Petit hommage pour dire au revoir en beauté.

LABYRINTH – Jim Henson ­ 1986

L'équation est quand même belle : Jim Henson (The Muppet Show) à la réalisation + Terry Jones (The Monty Pythons) au scénario + une pincée de George Lucas + David Bowie = Labyrinth.

Sarah est une adolescente passionnée de contes de fée. Un soir, elle se trouve contrainte de garder son jeune demi-frère Toby. Tentant de calmer ses pleurs en lui racontant l'histoire d'un roi des gobelins tombé amoureux d'une jeune fille humaine, elle prononce une phrase fatidique qui emporte le bébé dans un monde imaginaire gouverné par Jareth, androgyne et trouble roi des Gobelins. Elle devra le suivre dans cet univers fantastique peuplé de gobelins, lutins et fées et, pour empêcher que l'enfant ne devienne lui-même un gobelin, surmonter en moins de 13 heures les épreuves du labyrinthe de Jareth... pour lequel elle ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine fascination. Réussira­t­elle à parcourir le labyrinthe ?

Au fil de sa carrière, Jim Henson aura composé une fresque cohérente, harmonieuse même, de créatures et d’univers fantastiques, fantasmagoriques. Un monde hensonien s’ouvrant sur un autre, à la fois si proche et si éloigné, c’est tout naturellement que c’est du fabuleux Dark Crystal que naît une sorte d’apostille plus légère sobrement intitulée Labyrinthe. Une gestation démarrée dans une limousine ramenant Jim Henson et l’illustrateur Brian Froud d’une projection spéciale de leur première progéniture, Dark Crystal. Une simple ligne de scénario née d’une image mentale, celle de gobelins kidnappant un jeune enfant. C’est sur cette base que l’auteur pour enfants Dennis Lee travaille pour composer un roman, sorte de préambule au script du métrage. Remis dans les mains du Monthy Python Terry Jones, le projet de scénar’ va connaître de nombreuses modifications sous les coups de plumes de Jim Henson, George Lucas (producteur de l’œuvre), Laura Phillips et Elaine May.

Un autre bouleversement de taille va s’avérer déterminant pour la suite du projet : l’arrivée de la star David Bowie qui interprète le roi des gobelins Jareth. L’acteur­chanteur, véritable pierre angulaire de cette comédie musicale fantasy, amène ses propres exigences et réclame un adoucissement des traits de son personnage alors dépeint comme un être crapuleux. Au final, entre 1983 et 1985, pas moins de vingt-cinq traitements différents seront soumis pour en parvenir au traitement final : davantage d’humour et distance que dans la version initiale très "dark" qui préconisait que l’action se déroule dans l’Angleterre victorienne... A des fins purement commerciales, l’héroïne sera finalement une adolescente des États-Unis contemporains.

Pour faire face à Ziggy Stardust, il faut une jeune femme fraîche au joli minois respirant la candeur et l’innocence afin de renforcer le contraste entre les deux personnages. La jeune et frêle Jennifer Connelly alors âgée de quinze ans et remarquée dans le western urbain de Sergio Leone Il était une fois en Amérique puis dans le Phenomena de Dario Argento, est choise.
L’actrice est représentative de l’adolescente coincée entre deux âges, à l’instar de la Sarah Williams du récit qui se montre incapable d’accéder aux responsabilités du monde des adultes (voir la première séquence) et reste dépendante de ses nounours et froufrous. Comme le signalait Henson, elle représente à merveille "ce temps suspendu entre l’enfance et la féminité" et devra faire face à l’une des personnalités les plus sensuelles et inquiétantes en la personne de Jareth/Bowie, sorte de mannequin androgyne dans son costume de cuir noir aux allures de corbeau.

L’attrait essentiel de Labyrinthe, patte de Jim Henson oblige, réside encore davantage dans tout ce qui entoure ces deux êtres de chair et d’os. Car ledit dédale recèle d’une myriade de personnages malfaisants ou bénéfiques (voire les deux comme Hoggle à la solde de Jareth mais désireux d’être ami avec Sarah), drolatiques (les gardiens des portes) ou sanguinaires (ces soldats armés de piques qui torturent le gentil Ludo), merveilleux ou inquiétants qui se partagent un gigantesque terrain de jeu constitué de trompe-l’œil, de passages dérobés et sur lequel flotte le délicieux fumet du bourbier de l’éternelle puanteur. Toutes ces créatures, qu’il s’agisse de marionnettes ou d’êtres animatroniques, sont conçues par le Jim Henson’s Creature Shop qui rivalise d’ingéniosité pour se montrer le plus fidèle possible aux rêveries de Brian Froud. La marionnette la plus complexe reste celle de Hoggle : dans le costume, Shari Welser anime le personnage et compose la gestuelle tandis que son visage est radiopiloté par Brian Henson et trois autres opérateurs, ce qui requiert une coordination réglée au millimètre près. Un véritable travail d’orfèvre de la part des animateurs et des décorateurs qui recréent cet univers fantasmagorique aussi enchanteur que troublant pour mener la belle Sarah au centre du labyrinthe.

Peu de gens s’engouffreront dans le dédale lorsque le film sort en salles au mois de juin 1986 et celui-ci remportera un score plutôt décevant au box­office. Mais son aura ne cessera de grandir par la suite, lorsque l’exploitation vidéo se mettra en marche. Au point qu’il remporte les galons de film culte, comme la majorité des créations sur lesquelles a œuvré le paternel de Kermit...

Damien Taymans, www.cinemafantastique.net


L'HOMME QUI VENAIT D'AILLEURS – Nicolas Roeg – 1976

Sorti en 1976, L’Homme qui venait d’ailleurs marque le début de la carrière de David Bowie acteur de premier plan. À voir la composition de l’artiste, on mesure combien le film lui doit : mais le Thomas Newton du film de Nicolas Roeg n’est pas Ziggy Stardust. Là où le chanteur s’était composé un alter ego dandy, flamboyant et glam au début des années 1970, David Bowie est, dans L’Homme qui venait d’ailleurs, une apparition diaphane, éthérée, finalement assez peu concernée par tout ce qui l’entoure. Si on en croit les propos de Bowie lui-même, il était drogué jusqu’aux yeux durant tout le tournage, ne comprenant que fort peu ce qu’on lui faisait jouer : peu importe, en fait, tant l’étrangeté et le flottement narratifs sont des marques de fabrique, des discours véritables pour le réalisateur Nicolas Roeg (...)
On y suit les pas d’un gentleman, prétendument britannique, possesseur de secrets scientifiques de haute volée, désirant exploiter lesdits secrets dans un but nébuleux. Plus tard, on l’apprendra, sans que cela ne soit réellement une surprise : Thomas Newton vient d’ailleurs, d’une planète désertique, privée d’eau, à la surface de laquelle survivent péniblement quelques humanoïdes dont nous ne verrons que quatre exemples, Newton, son épouse et ses deux enfants. Newton est donc venu sur Terre pour y prélever de l’eau, et sauver son monde d’origine (...)
L’Homme qui venait d’ailleurs précède d’une année le renouveau de la science-fiction : La Guerre des étoiles sortira l’année suivante. Héritier bizarre de la tradition très littéraire de la SF des années 1950 et des scénarios de Richard Matheson, L’Homme qui venait d’ailleurs est littéralement un film crépusculaire, aux couleurs incandescentes, accordées à la chevelure rousse étrange de son protagoniste. Le film clôt avec mélancolie plusieurs décennies de récits tournés vers un horizon aussi terrifiant qu’il est plein de promesses, laissant la place à la science­fiction du jouet et du produit dérivé. Sans jamais le nommer explicitement [3], Nicolas Roeg y met en scène Bowie en figure christique, mais un Christ sans panache, messie corrompu par la médiocrité et le quotidien.
Avec sa mise en scène elliptique, Roeg construit un labyrinthe narratif qui transforme son film enfable : une fable mythologique du XXème siècle, épurée et acide – qui pourrait tout aussi bien n’être que le portrait d’un individu prisonnier de la drogue. Mais dans ce cas comme dans l’autre, il s’agit de suivre avec le réalisateur le chemin apparemment hasardeux d’un voyageur en pleine errance – pour s’apercevoir que ce réalisateur-démiurge plein d’une bienveillance navrée a pavé ce chemin avec soin pour illustrer le vertige de celui qui referme derrière lui les portes d’un Éden à jamais perdu.

Vincent Avenel, www.critikat.com


Et comme d'habitude, n'hésitez pas à venir avec vos sandwiches, vos courses de la Batte, vos mezze, votre seau de pop­corn ou à filer à l'entracte vous chercher des frites, des tables sont à votre disposition.
 
Prix Libre 1€ min. par film

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