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Edito féministe et content
Il y a quelques jours, à la Zone, alors que nous parlions du spectacle de Françoise Walot "Les femmes savent pourquoi", quelqu'un m'a demandé si ce n'était pas "trop féministe"?
Cela m'a profondément choquée : pourquoi le féminisme est toujours aussi mal vu?
La plupart d'entre nous désapprouvent la discrimination en général (donc aussi sexuelle) et tout le monde se dit en faveur de l'égalité des sexes. Les mouvements féministes qui combattent sans violence la discrimination en faveur de l'égalité devraient donc plutôt être très largement valorisés. Mais ce n'est pas le cas. Les hommes comme les femmes regardent les féministes avec dédain ou dérision.
Aujourd'hui au Congo, des femmes sont violées par des soldats porteurs du virus du sida; au Nicaragua, Daniel Ortega – leader sandiniste (un parti révolutionnaire) - fait voter une loi interdisant l'avortement, même pour les femmes en danger de mort ou victimes d'un viol, juste avant d'être élu président; en Egypte, c'est par meutes que des hommes se sont jetés sur des femmes qui marchaient dans la rue comme des chats affamés sur de la viande (à qui la faute, la viande ou les chats?, se demandera un éminent religieux); ailleurs, des bébés sont excisés pour les punir d'être des filles; en France, une fille est brûlée vive par "jalousie" (cf. ni putes ni soumises); pétasse, salope, allumeuse, que vous êtes jolie mademoiselle fusent sur le passage des filles. Là encore, tout le monde désapprouve... mais il doit être difficile pour certains et certaines d'accepter qu'on fait partie d'un système qui a une catégorie de dominées et une de dominants et surtout, que c'est ce qu'on a entre les jambes qui détermine à laquelle on appartient. Le féminisme, c'est se battre contre ces agressions et manifester avec des masques de gorilles pour faire entrer des artistes femmes dans les musées (autrement qu'à poil sur les toiles). Mais c'est aussi lutter pour briser ce code fondamental du genre qui maintient si bien cet ordre social. Nous avons un genre avant même d'être nés: les parents veulent connaître le sexe du fœtus pour choisir la déco de sa chambre. Nous avons un genre bien avant de nous rendre compte du fait qu'être fille ou garçon dépend d'un pénis ou d'un vagin. Au bout du compte, le féminisme, c'est s'imaginer que les petits homos sapiens se développent avant tout comme des individus humains avec des personnalités spécifiques – calme ou colérique, gai ou taciturne, actif ou contemplatif et avec des goûts propres, préférant la lecture au sport extrême ou la mécanique au tricot. Le sexe social précède le sexe biologique, ce qui n'est pas un avantage. Car si nul-le ne sait avec précision quelles qualités sont essentiellement les caractéristiques psychologiques de l'un ou l'autre sexe, tout le monde sait, dans notre société, que ce sont les filles qui aiment les poupées et les garçons les jeux de construction. Avant même que les enfants ne comprennent pourquoi ils sont mâles ou femelles, ils doivent déjà savoir quels comportements et activités cela suppose. Car dans le cas contraire, la confusion des genres pourrait sérieusement remettre notre société en question. Et si tous ces codes (le rose, les pompom boys, actionman) qui font qu'un être humain femelle est aisément reconnaissable d'un être humain mâle disparaissaient? Et si la catégorie sexe ne définissait plus l'identité d'une personne, quel type de société verrait le jour? Quelles conséquences sur nos rites de séduction, notre sexualité, nos interactions quotidiennes, notre économie, nos régimes politiques? un démon à mamelles (tania) |
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