precedent suivant edito distro plastic rock expo indus Punk mathemo hardcore
index sommaire edito pour nous contacter sommaire sommaire
            
         Pourquoi venez-vous aux concerts à La Zone ? Pour les groupes et l'ambiance, d'accord...mais encore ? Ne serait-ce pas aussi pour vous noyer dans un grand bain sonore, qui parle à vos tripes et vous fait perdre la tête ? Plus fort, toujours plus fort ! On parle de musique, mais aussi de bruit. Et on sait que vous adorez les deux... Jimi Hendrix disait qu'il jouait très fort pour que le public puisse ressentir physiquement la musique et l'emporter dans son cœur. Descendre dans la salle, c'est rentrer dans le générateur nucléaire de La Zone, vibrer, ressentir, danser, mais attentions quand même aux périls tympanesques...

         "Mais pourquoi est-ce que vous faites tant de bruit, se demande Monsieur Dupont ?" Jacques Attali, un philosophe français, a écrit un livre qui s'intitule justement "Bruits", où il passe en revue l'histoire de la musique dans ses rapports avec la société. Il dit notamment que le bruit est une arme (dans les anciens récits religieux, le bruit est toujours symbolisé comme une menace) que la musique essaye de mettre en forme et donc de domestiquer. Domestiquer une arme, c'est aller vers la paix et rendre une vie en société possible. Mais si on domestique trop le bruit, il devient servile et se met au service du pouvoir qui, c'est une constante dans l'histoire, a toujours essayé de contrôler l'émission et la réception des sons. One, two, three, four, on reprend : la musique organise le bruit, le rend acceptable, mais en même temps, la dimension subversive, dérangeante, du bruit risque alors d'être perdue.

         "Oui d'accord, dit Monsieur Dupond, mais quel rapport avec La Zone ?" Les partenaires et le comité de programmation vous mitonnent chaque mois des ondes sonores qui vous réjouissent l'oreille et vous percutent les tripes. C'est de la musique qui va fort, parfois très fort, c'est de la musique qui ne se laisse pas faire, qui se révolte, qui refuse les carcans et la domestication, c'est de la musique qui n'a pas oublié le bruit. CQFD : musique = politique. "Ah bon, je comprends un peu mieux, rétorque Monsieur Dupond. C'est bien beau la philosophie mais vos oreilles dans tout ça ?"

         Pour les premières, attention : contrairement aux yeux, les oreilles n'ont pas de paupières ! Grandes ouvertes tout le temps, elles ne peuvent pas se protéger toutes seules des décibels et les dégâts sont irréversibles. Alors soyez prudents, ne collez pas vos feuilles de chou aux baffles ou portez des bouchons (en plastique ou en caoutchouc, ils gardent toute la qualité du son et vous ne perdrez rien des délicats accords de vos groupes préférés).

         "J'ai encore une chose à vous dire, grogne M. Dupont, moi qui suis votre voisin, parfois j'entends "zzzzzz, trrrrrrr, hîîîîîî, brrrrrrr, tagadatzouinzouin..." dans mon sommeil et ça me dérange !" C'est vrai que, malgré les équipements d'isolation acoustique de la salle, nous avons eu quelques ronchonnements dernièrement et, à moins d'essayer de faire porter le chapeau à Madame Dupond qui ronfle (même si elle dit que c'est pas vrai), il faut porter une oreille attentive (wouaf, wouaf, wouaf) à ces plaintes. Car le bruit que l'on fait soi-même ou qu'on vient chercher à La Zone est supportable parce qu'on le choisit. Pour ceux qui, comme Monsieur et Madame Dupond, ont choisi de dormir le samedi soir, c'est une autre histoire... Là encore, une petite fable : on raconte que les dieux ont envoyé le déluge sur Babylone parce que le bruit des hommes les avait mis en colère. Faudrait pas que La Zone devienne Babylone, alors il faut communiquer, expliquer et, si nécessaire, ... faire (un peu) moins de bruit ou en faire (un peu) moins tard. On vous tient au courant, mais s'il commence à pleuvoir dans la salle, coupez vite les amplis !!

         Anne-Françoise
menu du dessous

maj

site meter