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         EN ROUTE POUR LA PLANETE DES SAGES ...

         " Monsieur, que votre grand âge ne vous autorise pas à jouer au plus fin avec nous ! ". Vexé par l'humour courtois d'un Albert presque hilare devant les moyens d'intervention totalement démesurés face à une poignée de contestataires enchaîné-e-s les un-e-s aux autres, c'est ainsi que réagit l'un des nombreux " robocops " de l'E.S.I. (colonne d'intervention musclée de la maréchaussée à l'époque), dépêchés au futur centre fermé de Vottem par le Ministère de l'Intérieur pour en déloger les 22 (ce n'est pas une blague !) occupants réunis en un collectif plus ou moins improvisé pour manifester leur désapprobation face à l'érection d'une nouvelle prison à Liège, cette fois spécialement destinée aux " illégaux ", c'est à dire les " étrangers " persona non grata sur le territoire belge, tout juste coupables de ne pas être en possession de papiers d'identité. C'est dans ces circonstances, au printemps '98, que je fis connaissance avec Albert, tout comme avec la plupart des autres parmi les " 22 ", dont il était de loin le doyen, la " cinquantaine " déjà derrière lui. J'ai alors régulièrement croisé sa barbe blanche et découvert, un peu plus encore, l' être humain, principalement au travers des différentes actions menées par le C.R.A.C.P.E. (le Collectif de Résistance aux centres pour Etrangers).

         À côté de son boulot d'enseignant, il ne s'est jamais économisé : réunions, manifs, passages en radio, distributions de tracts et collages d'affiches, aides incessantes à des " illégaux ", etc. l'ont conduit aux quatre coins du pays. Que ce soit au bar du Carlo après une assemblée ou dans les escaliers de notre 27 rue Méan au beau milieu de la nuit, répondant à un appel urgent émanant d'un-e " protégé-e " hébergé-e dans nos murs, le rencontrer m'a toujours irradié d'une chaleur ardente, me transmettant une certaine sérénité. Cependant, j'ai appris, il y a un an, ce que signifiait ce rouleau " d'essuie-tout " qu'il promenait sous le bras en permanence depuis longtemps : c'était le signe visible de la grave maladie qui le minait... Jusqu'à l'emmener loin de nous, dans un autre monde. Et, bien qu'étant au courant du mal dont il était atteint, je suis resté assez incrédule de savoir le corps et l'esprit de notre camarade, autrefois bouillonnants d'idées et d'énergie, réduits au repos total. Mais en caressant sa dernière humble demeure en bois, j'ai voulu sentir que son âme vit encore intensément. J'ai comme l'impression que tu as pris les devants, histoire de nous éclairer pour l'avenir. Merci à toi et à bientôt...
Xian.

         Des amis s'en vont mais les actions continuent, pour plus d'info : cracpe.skynetblogs.be/ et rendez-vous devant le camp de la honte de Vottem chaque mercredi et chaque samedi de 16h à 17h.
A las barricadas !
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