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DONNEZ-NOUS, DONNEZ-NOUS DES JARDINS ... Des jardins pour y faire des bêtises. Pour sûr, le bon Pierre, s'il avait été présent dans les locaux de l'école des Mandaï-e-s entre le premier et le quatre mai dernier, aurait opiné du PerRet à la vue de ces dizaines de "bambins" survoltés de l'entrée à la sortie des classes. Après une école primaire à Ans rebaptisée "Ecole Pierre Perret", en hommage à ce célèbre désobéissant linguistique et par ailleurs grand chevalier de la marmaille, s'est ouverte une école éphémère (et sa plaine de jeux désobéissante) dans le cadre de l'Opération Barbaland 2003. Mise sur orbite par une escouade de Barba-polymorphes et autres Barba-banlieusards du travail salarié (AKA les Cyber Mandaï-e-s), cette tranche de vie culturelle–commune–expérimentale restera fraîche dans bien des organismes, parce qu'imaginée et appliquée pour ne pas durer et donc ne pas sombrer dans l'usure, bien vu ! C'était un peu " les quatre cents coups ", oui. Mais surtout une opportunité d'évaluer sur le tas les capacités d'un groupe à organiser un événement avec des moyens tout rikiki, en tentant d'y associer au mieux les participants en tant qu'acteurs et non en les réduisant à un simple rôle de consommateurs, comme c'est la plupart du temps la règle du jeu dans le paysage culturel avec un grand Q (la place Hocheporte se trouve à un jet de la place St-Lambert et ses rendez-vous de masses). Voyons un peu voir ce qui s'est passé durant ces quatre jours, en précisant bien que cette lecture à deux seuls petits yeux est forcément subjective, au vu des dizaines d'autres paires de pupilles qui ont déambulé dans les parages. Jeudi 1er mai La street-party, qui a parcouru le centre-ville, très colorée et vivante, arrive au terminus : la place Hocheporte. Les portes de l'école s'ouvrent aux fêtards. Plusieurs centaines de personnes fourmillent alors dans le bâtiment. L'aménagement des lieux démarre en trombe et très rapidement, une sono et un bar sont installés dans la grande salle, le coin resto-cuisine est investi par une équipe déjà constituée, une média-zone s'érige également avec une bibliothèque autonome des savoirs, pensées et poésies mineurs qui cohabite avec une station radio qui émettra durant l'occupation, des stands montés par divers membres d'associations d'ici et ailleurs, dont on pourra justement prendre connaissance des luttes menées jusqu'alors et des activités à venir. Sans oublier l'installation à l'étage d'un dortoir. Tout le monde à trouvé place et les réjouissances peuvent alors débuter, dans une atmosphère électrique due à une poussée d'adrénaline généralisée. Les groupes et Dj's se succèdent sur le podium pendant que le resto ne désemplit pas (menu végé ou carni à un 1 €). Grosse java et puis dodo car demain débutent les divers ateliers inscrits au programme de l'école. Sans compter que, dès neuf-dix heures du matin, nombre de bras seront en action pour effacer les stigmates de la veille. Vendredi 2 mai Après une nuit très courte, mais réparatrice, le bâtiment résonne aux sons diffusés sur Barba-truc FM AIR, radio de quartier improvisée par et pour les Barba-opérateurs. Des discussions formelles (assemblée générale), des discussions informelles (au pied d'un escalier ou à travers la porte d'un wc) vont rythmer un après-midi ensoleillé. On revient sur certains aspects positifs ou négatifs et on met des choses en place pour les activités à venir. Les rendez-vous d'échanges de réflexions que sont les ateliers fixés pour la journée ne peuvent pas toujours avoir lieu, faute de disponibilités. Qu'à cela ne tienne, un rattrapage nocturne est toujours possible sur les ondes (très toufu débat inter-squatts mené par des gens de Liège, Bxl, Louvain-la-Neuve ou Amiens). L'avant-soirée théâtrale voit le bâtiment se remplir et carrément faire le plein pour la soirée de concerts, renforcée par la programmation transférée de la Factöry. Vraiment beaucoup de gens très différents qu'on croise dans la cour, le resto, les couloirs, … Le reveil va être dur dur ce samedi. Pour certains-certaines, pas de problème puisque le choix ( ?) qui est fait est de ne pas dormir. Samedi 3 mai Ça démarre par un sérieux coup de torchon, bien nécessaire après la tornade de la soirée passée. Tout s'emballe rapidement avec plusieurs visites : un journaliste du Soir (chouette papier dans le journal du 5 mai), des riverains qui ont reçu dans leurs boîtes un petit mot sympa des occupants, les conviant à se rendre sur place, histoire de tailler une bavette et visiter les installations. Certaines personnes du voisinage rencontrées sont des " anciens occupants ", revenues sur des lieux qu'elles fréquentèrent il y a plusieurs décennies. Ce sont là des moments assez (trop !) courts, mais on en apprend pas mal quand même sur le passé du bâtiment (par exemple des projections cinéma). Justement, il n'en sera pas question aujourd'hui. Une série de films sont projetés dans le gymnase en début de soirée. C'est tout sauf du cinoche : retours sur Gènes et autres contre-sommets notamment. Auparavant, une discussion autour des sans-papiers, des centres fermés et la politique d'immigration a eu lieu dans le salon biblio-radio et, pour l'occasion, ce sont les premiers concernés qui s'expriment ! Devant un micro, qui plus est. L'expérience radio se mue d'ailleurs carrément en un véritable labo par lequel passent maintes bouches et doigts de fée. L'ambiance est décontractée et le restera pour la dernière soirée de festivités. Moins de monde, mais (c'est sûrement lié) un meilleur équilibre entre le rythme des activités de jour et celles de soirée. C'est d'ailleurs un élément essentiel car le pari etait à priori loin d'être gagné ! Beaucoup ont déclaré se sentir " comme à la maison " et ce malgré les nombreuses approximations, voire absences dans la gestion globale de l'événement. Mais au-delà de pareilles réalités inhérentes à ce type de fonctionnement, il est bien d'en pointer les faiblesses et d'y adjoindre des ébauches de solutions (par exemple, une prise en charge collective des " basses tâches ") comme les vaisselles, ramassages des " cadavres " au lieu d'en abandonner la responsabilité à des mandaïs spécialisés, c'est tellement plus convivial). Et bonne nuit quand même ! Dimanche 4 mai Menu moins copieux pour le dernier jour de l'expérience, mais certainement pas le moins important, en ce qui concerne les suites à y donner en tout cas. Du côté de la radio se succèderont des prises de paroles venues de l'extérieur (" Start " est installé à deux pas de là par exemple). C'est d'ailleurs assez amusant de constater à quel point des tribus aux mœurs à priori pas forcément compatibles ont réussi à cohabiter et activer des énergies propices à établir une cohérence recherchée à travers ces quatre jours. Et sans dérapage extraordinaire. Des liens ont existé pour quelques jours au moins. Comme le pastis (tiens on a finalement pas vu les boules) était prévu à l'apéro, le soleil s'est à nouveau montré généreux, histoire de clôturer la partie en beauté, autour d'un gigantesque bébé Q dans la cour de récré, et auquel ont participé plusieurs centaines de personnes. S'enchaînent alors un concert de percus et une dernière assemblée bien suivie. Vient enfin le moment de refermer les portes définitivement sur un long WE haut en couleurs et riche en perspectives. Donnez-nous des jardins pour y être désobéissant-e-s !. Xian |
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