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               Il y a presque un an, René Binamé (d'ici) et Docteur Placebo (de Montréal) se la jouaient "Magical Mistery Tour" en bus jaune au Québec.

               Nous jouâmes dans quelques bouges enfumés et nous nous ressourçâmes dans les vastes étendues dont on aimerait pouvoir croire qu'elles sont préservées. Nous fûmes dans l'échange culturel : un "oufti" contre un "cûliss", un "godverdomme" contre un "tabarnak", une derby pils contre une boréale rousse.

               Les séquelles sont innombrables, les plus visibles seront ce concert â la Zone et celui du lendemain au Magasin 4 à Bruxelles.

               Tentons d'introduire les Placébos.

               Placebo : substance inactive substituée à un médicament pour étudier l'efficacité réelle de celui-ci en éliminant toute participation psychologique du malade (Larousse 1989). Tout le contraire de Dr. Placebo, dont la substance est loin d'être inactive et qui stimule la participation psychologique et physique du malade.

               Armés de deux basses polyvalentes et tordues, d'une batterie omniprésente et de la voix particulièrement puissante de Bertrand, Docteur Placebo ne cherche pas à écraser sous un mur de sons mais à envoûter par des sonorités riches et un jeu fluide malgré la mouture lourde. Docteur Placebo offre une mixture pas nécessairement facile à digérer, mais extrêmement riche en ambiances et en explorations, on soulignera l'usage du chant des moines tibétains et celui de la langue tchèque.

               Et pour ne pas briser cette douce ambiance (on sent presque une odeur de poutine), voici en guise de présentation des Binamé un article du Devoir, quotidien de Montréal.

               "On ne peut s'empêcher. On aurait voulu trouver autre chose, mais ça nous revient. Ça nous hante. Franchement, ils ont dû se le faire dire des dizaines et des dizaines de fois (quoique, à bien y penser, peut-être pas).

               Bon, mais René Binamé, dans le fond, nous fait penser à un autre Belge, dont on ignore s'il est wallon ou flamand, c'est-à-dire Plastic Bertrand.

               Bon, c'est une question de voix, d'énergie et de bricoles sonores en partie déridantes dont se nourrit cette formation wallonne dont le nom n'est pas celui d'un des membres du groupe.

               Voilà que 22 pièces nous arrivent d'un coup. Cette nouvelle version de l'album est spéciale au Québec, où ces disques n'ont jamais été distribués. Treize pièces du dernier disque, Kestufé du wéékend?, puis neuf morceaux d'albums précédents (71-86-21-36, Noël, etc., En mai, fais ce qui te plaît et Vocations), du temps où la chose s'appelait aussi René Binamé et les Roues de secours.

               Le groupe se qualifie lui-même d'anarcho-punk, tendance chansonnettes et ritournellesä. C'est bien ce dont il s'agit. Il fait dans l'éveil social, le Binamé. Sur fond d'énergie punk, de guitares nerveuses, parfois de beat box, le groupe aime à brasser les tréfonds du capitalisme dont un collègue à nous disait récemment qu'il est de plus en plus stalinien.

               Aussi, il sait nous entretenir de la tondeuse à gazon de l'oncle Gaston et du grotesque alambic du frère du curé. Côté musique, Binamé nous ramène quelque peu, avec grand plaisir, vers ce que les années 80 ont produit de bien, ce qu'on associait volontiers au punk et au rock français, celui des Métal Urbain, de Ludwig Von 88 pour le côté pas sérieux, de Haine Brigade, de Gogol et de quelques autres, Edith Nylon pour la pop et pour les guitares (certains pourraient voir ça comme un petit bémol).

               Avec des claviers pas trop sophistiqués, une batterie incroyablement claire et bien en avant ainsi qu'une dose d'humour grave, Binamé nous accroche.

               Et Plastic, dans tout ça? Un peu le traitement des voix (quoique, franchement, il change d'une pièce à l'autre, selon l'atmosphère), beaucoup le côté pogo. Comme il le dit si bien, René Binamé aime ajuxtaposer et superposer les mélodies fluettes et les murs de guitares. Aux FrancoFolies, à l'extérieur, le 31 juillet, et aux FrancOFFolies, le 1er août, à la salle de l'X."

               Bernard Lamarche (in Le Devoir du 28 juillet 2001)

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